Allons cueillir les fleurs de l’espérance… ou plutôt des bleuets !

Un beau jeudi après-midi, la sistland (c’est le petit nom chaleureux et complice dont on s’affuble) a décidé de glaner dans une ferme de Shipshaw pour de l’autocueillette. C’était une aventure gourmande dont nous nous sommes bien sorties : deux sacs à moitié pleins, des mains et des chaussures propres, ainsi qu’un sourire rayonnant… sans oublier que la bouche de mes amies coéquipières était assez pleine, surtout celle de Lagrange !

Pour la petite histoire, cette envolée lyrique d’« aller cueillir les fleurs de l’espérance » vient de mon ami Lucide, un amoureux des classiques. Quand je lui ai raconté notre virée, il s’est exclamé qu’on était parties cueillir des fleurs d’espérance. Un peu comme dans les chants de Jean-Claude Gianadda, qui nous invite à aller cueillir les fleurs de l’espérance et à allumer nos bougies, car chacun de nous est une chance là où il vit. C’est poétique, mais pas plus que mon envie soudaine, une fois rentrée à la maison, de creuser un peu l’histoire de ce petit joyau bleu-violet qu’est le bleuet.

Fruit du bleuet, août 2026

Une origine dans les territoires nordiques de l’Amérique

La baie que l’on nomme familièrement bleuet au Québec appartient à la famille des Éricacées et au genre Vaccinium. Voilà pour la minute nomenclature ! Refermons vite la parenthèse taxonomique pour remonter le fil du temps.

Bien avant de devenir l’un des produits phares des épiceries locales et de notre 4e sortie estivale, le bleuet sauvage (Vaccinium angustifolium) était récolté par les Nations Autochtones, notamment chez le peuple Atikamekw Nehirowisiw. Ils le consommaient frais, le séchaient pour l’incorporer au traditionnel pemmican ou s’en servaient comme teinture naturelle (Hummer 2013 ; Pelletier et al. 2026).

Au Québec, c’est particulièrement après les grands feux de forêt du XIXe siècle, comme celui qui a ravagé la région dans laquelle nous vivons, le Saguenay Lac-Saint-Jean, en 1870 que les bleuetières naturelles ont proliféré. La raison est simple : le bleuet adore la lumière directe et les sols acides régénérés par le feu (Kim S al. 2011). Aujourd’hui, ce fruit est devenu un pilier économique. Selon le portail d’Agriculture, Environnement et Ressources Naturelles du Québec, on comptait en 2021 environ 436 exploitants de bleuets sauvages contre 525 pour le bleuet en corymbe. L’impact est massif car les exportations de bleuets (sauvages et en corymbe) ont franchi la barre des 116 millions de dollars avec uneexpédition de bleuets sauvages surgelés dans plus de 30 pays à travers le monde. Aussi le cœur battant de cette production réside au Saguenay Lac-Saint-Jean, avec 77 % des producteurs de bleuets sauvages qui y sont établis (Culture du bleuet | Gouvernement du Québec).

Pourquoi est-il bon pour la santé ?

Andréa à la récolte, août 2026

Plusieurs recherches scientifiques évoquent ses bienfaits. Selon Rodriguez-Mateos A et al. (2019), la consommation quotidienne de bleuets sauvages améliore la fonction endothéliale et contribue à réduire la pression artérielle systolique. Ces effets seraient principalement liés aux métabolites des anthocyanes, qui jouent un rôle important dans la modulation de la fonction vasculaire et de l’expression génique. Sans oublier que les bleuets sont riches en composés bioactifs, dont les anthocyanes et les flavonoïdes, qui procurent divers bienfaits pour la santé grâce à leurs propriétés antioxydantes et anti-inflammatoires. Ce dernier représente également un fort potentiel pour le développement de produits à valeur ajoutée dans les secteurs alimentaire, pharmaceutique et cosmétique puis favorise des pratiques de production durables (Ayyadurai et al. 2025).

Que dit la recherche universitaire au Québec ?

Au Québec, plusieurs institutions s’y intéressent de très près. Mon université actuelle, l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) grâce à sa Bleuetière d’enseignement et de recherche (BER – UQAC), étudie la santé des sols nordiques, la fertilisation et l’adaptation des bleuetières au climat boréal. L’Institut de nutrition et des aliments fonctionnels (INAF) de l’Université Laval dispose des équipes de recherche qui étudient l’effet prébiotique des polyphénols du bleuet sur la santé intestinale et métabolique INAF – Université Laval. Sans oublier l’association des producteurs de bleuets sauvages du Québec (PBRQ) qui collabore avec les chercheurs pour promouvoir une agriculture durable et raisonnée Bleuets sauvages du Québec.

J’aurais bien voulu vous parler plus en détail de son cycle de vie bisannuel avec une floraison printanière qui s’étire dure trois à quatre semaines ou encore du rôle des abeilles et de la pollinisation dans la production du bleuet (Drummond F 2019)…. Mais je préfère vous laisser le temps d’aller cueillir vos propres « fleurs de l’espérance » avant la fin de l’été !

Les cueillettes de fruits sont de belles activités à faire en été. On fait le plein de soleil, on partage de précieux moments avec de belles âmes et on repart les bras chargés de quoi se faire plaisir. Alors, faites vous plaisir.

De notre côté, après cette belle récolte, nous nous sommes dirigées chacune vers nos cuisines pour préparer de délicieux muffins aux bleuets, du jus, de la confiture ou simplement les dévorer tout frais, comme l’a si bien fait Lagrange durant tout le trajet de retour ! Sans oublier, bien sûr, de mettre le reste au congélateur. Au passage, Internet m’apprend que pour varier les plaisirs avec notre réserve congelée, on peut concocter une réduction aux bleuets et au sirop d’érable pour accompagner des pancakes ou une viande grillée, faire une tarte traditionnelle avec une touche de zeste de citron, ou encore une croustade chaude servie avec de la crème glacée à la vanille, un dessert qu’Amande adorera sûrement !

Andréa Magnon

  1. Ayyadurai P, Ragavendran C, Sillanpää M. Transforming blueberries into a nexus of sustainability and health benefits: A review. South African Journal of Botany. 2025;184:862-879. doi:10.1016/j.sajb.2025.06.048
  2. Chléo Pelletier, Shawerim Coocoo-Weizineau, Hugo Asselin, and Benoit Éthier. 2026. Importance of the blueberry (minic) to the Atikamekw Nehirowisiw people: women’s key role in knowledge transmission and cultural persistence. Botany104: 1-13. https://doi.org/10.1139/cjb-2025-0110
  3. Drummond, F. (2019). Reproductive biology of wild blueberry (Vaccinium angustifolium Aiton). Agriculture9(4), 69.
  4. Golabi, M., & Esau, T. (2025). Statistical Analysis of the Impact of Weather Parameters on Wild Blueberry Yield (A Case Study; Nova Scotia). In 2025 ASABE Annual International Meeting (p. 1). American Society of Agricultural and Biological Engineers.
  5. Hummer, K. E. (2013). Manna in winter: Indigenous Americans, huckleberries, and blueberries. HortScience48(4), 413-417.
  6. Kim, S. J., Yu, D. J., Kim, T. C., & Lee, H. J. (2011). Growth and photosynthetic characteristics of blueberry (Vaccinium corymbosum cv. Bluecrop) under various shade levels. Scientia Horticulturae129(3), 486-492.
  7. Rodriguez-Mateos A, Istas G, Boschek L, et al. Circulating Anthocyanin Metabolites Mediate Vascular Benefits of Blueberries: Insights From Randomized Controlled Trials, Metabolomics, and Nutrigenomics. The Journals of Gerontology: Series A. 2019;74(7):967-976. doi:10.1093/gerona/glz047
Facebook
Twitter
LinkedIn

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *